Thich Nhat Hanh — L’impermanence

06SIXIÈME DOSSIER · THICH NHAT HANHThich Nhat Hanh — L’impermanenceL’art de vivre avec ce qui change

THICH NHAT HANH · L’ART DE VIVRE · SIX MOUVEMENTS

Thich Nhat Hanh —

L’art de vivre avec ce qui change.
L’impermanence ne signifie pas seulement que tout finit. Elle signifie surtout que rien n’est entièrement figé.
Feuilles flottant sur l’eau, entourées de rides légères.
01 · RIEN N’EST IMMOBILE

Le changement est déjà partout

Nous n’avons pas besoin d’attendre une rupture pour rencontrer l’impermanence. Elle est présente dans le corps qui vieillit et se renouvelle, dans une saison qui bascule, dans l’émotion qui monte puis se déplace, dans une pensée remplacée par une autre.

Nos relations, nos situations de vie et notre manière de voir le monde évoluent elles aussi. Même ce qui paraît stable ne demeure jamais exactement identique. L’impermanence n’est donc pas un accident qui viendrait troubler la vie : elle est la condition naturelle de ce qui vit.

« Grâce à l’impermanence, tout est possible. La vie elle-même est possible. »
Thich Nhat Hanh — « Looking Deeply into Impermanence, No-self, and Nirvana », Lion’s RoarTraduction de l’anglais pour Présence intérieure.
02 · LA TRANSFORMATION

Ce qui change n’est pas forcément perdu

Une chose peut ne plus exister sous sa forme d’hier sans que tout ce qu’elle a produit disparaisse. Une relation laisse une façon d’aimer, une parole continue d’orienter un choix, un lieu quitté demeure dans la sensibilité avec laquelle nous habitons le suivant.

Dire « cela n’est plus comme avant » n’équivaut pas toujours à dire « tout a disparu ». Sans imposer de réponse , nous pouvons reconnaître les traces, les influences et les transformations. La continuité ne consiste pas nécessairement à conserver la même forme.

Une forme s’effaceune trace demeureautre chose devient possible
03 · LE RELIEF DU PRÉSENT

Parce que tout change, ce qui est là compte davantage

Une conversation, un repas, un paysage, une présence familière ou une journée apparemment banale prennent un autre relief lorsque nous cessons de les croire garantis. Leur fragilité ne retire rien à leur valeur : elle peut nous rendre plus disponibles à ce qu’ils offrent maintenant.

Cette conscience ne demande pas de « profiter de chaque seconde » dans une urgence anxieuse. Elle invite plus sobrement à voir ce qui est déjà là. La présence ne retient pas l’instant ; elle évite seulement de le traverser tout à fait absent.

04 · LES LIENS VIVANTS

Laisser aussi les autres changer

Nous évoluons, les autres évoluent, et les liens eux-mêmes changent de forme. Pourtant, nous continuons parfois à rencontrer quelqu’un à travers une image ancienne : ce qu’il était, ce que nous pensions qu’il était, ou ce que nous aurions voulu qu’il reste.

Aimer ne signifie pas tout approuver ni renoncer à ses limites. Mais aimer peut inclure la possibilité que l’autre nous surprenne, se transforme ou s’éloigne de la place que nous lui avions assignée. Un lien vivant respire mieux lorsqu’il n’a pas pour condition l’immobilité.

05 · CE QUI FAIT SOUFFRIR

La souffrance n’est pas figée non plus

L’impermanence concerne les choses précieuses que nous pouvons perdre, mais aussi la tristesse, la peur, les conflits, certaines habitudes et les périodes difficiles. Un état douloureux peut envahir tout l’horizon au point de se présenter comme une vérité définitive.

06 · HABITER LE MOUVEMENT

Vivre avec le changement plutôt que contre lui

La pleine conscience permet d’habiter ce mouvement sans chercher à le nier : observer ce qui apparaît, reconnaître ce qui est présent, ne pas s’y identifier complètement, puis laisser une place à l’évolution. Il ne s’agit pas de devenir détaché au sens d’indifférent, mais de tenir avec un peu moins de crispation.

On peut aimer profondément sans vouloir immobiliser. Prendre soin sans posséder. Être pleinement présent à quelque chose tout en sachant que sa forme changera. C’est ainsi que le dossier rejoint la phrase de la porte Impermanence : « Aimer le réel sans lui demander de s’immobiliser. »

PARADOXENous souffrons parce que les choses changent. Mais si rien ne pouvait changer, aucune souffrance ne pourrait non plus se transformer.

L’impermanence rend la perte possible. Elle empêche aussi nos états douloureux d’être éternellement figés. La même réalité qui fragilise ce que nous voudrions garder ouvre donc une issue à ce que nous ne voudrions pas subir sans fin.

SYNTHÈSE

Quatre fils à garder

  • Rien de vivant n’est complètement figé.
  • Le changement peut rendre le présent plus précieux.
  • La souffrance elle-même peut évoluer.
  • Accepter l’impermanence ne signifie pas aimer moins.
SI JE NE DEVAIS RETENIR QU’UNE SEULE CHOSE…

L’impermanence ne nous demande pas d’aimer moins ce qui passe. Elle nous apprend à être pleinement là pendant que c’est là.

RÉFÉRENCE PRINCIPALE

Thich Nhat Hanh — L’Art de vivre, édition française de 2018. En complément : son enseignement sur l’impermanence, le non-soi et le nirvana, publié dans Lion’s Roar.

Une réflexion librement reformulée à partir de son enseignement sur la présence, l’interdépendance et l’impermanence.