Le vivant sans discours — Ce que les animaux nous rappellent de la présence
ÉCLAIRAGE · BAPTISTE MORIZOT · PRÉSENCELe vivant sans discours01Regarder02Percevoir03Être en relationCe que les animaux nous rappellent de la présence

Le vivant sans discours
Ce que les animaux nous rappellent de la présence
Un regard avant les mots
Un chat regarde son humain. Il reste immobile, les yeux ouverts, attentif à sa présence. Tu peux aussitôt chercher ce qu’il veut, lui prêter une pensée, raconter ce regard. Mais tu peux aussi rester un instant avec lui, sentir tes appuis, remarquer sa respiration. Notre esprit commente volontiers ce qu’il rencontre ; la présence d’un animal peut interrompre ce commentaire et nous rendre disponibles à ce qui se passe. Cela ne signifie pas que l’animal habite un présent sans mémoire : il peut anticiper, craindre, attendre. La rencontre nous invite simplement à regarder avant de conclure.
Un monde de signes
Un chien s’arrête pour sentir ; un oiseau suspend son mouvement et observe. Ce qui retient leur attention ne coïncide pas toujours avec ce qui retient la nôtre. Selon les espèces et les situations, les odeurs, les distances, les rythmes ou un déplacement presque imperceptible prennent une importance différente. Dans Manières d’être vivant, Baptiste Morizot invite à retrouver une sensibilité aux signes des autres formes de vie et à leurs façons d’habiter le monde. Suivre cette piste, même près de chez soi, demande de ralentir nos interprétations : un corps qui s’approche ou s’écarte nous renseigne, sans nous livrer tout son monde intérieur.
« la sensibilité et la disponibilité aux signes des autres formes de vie. »
Notre manière d’être répond
Avec un animal, expliquer nos bonnes intentions ne suffit pas toujours. La vitesse de notre main, le volume de notre voix, la distance que nous lui laissons deviennent eux-mêmes une forme de langage. La relation révèle alors quelque chose de notre disponibilité : savons-nous attendre, remarquer une hésitation, renoncer à un contact ? Sa réaction n’est pas un verdict sur notre état intérieur ; son histoire, ses besoins et ce qui l’entoure comptent aussi. Mais nous pouvons ajuster notre manière d’être à ce que nous observons. Être présent, ici, commence peut-être par laisser à l’autre assez d’espace pour ne pas avoir à nous ressembler.